27/09/2026 · MSc. Steven Kanane R.
Retour d’expérience de Steven KANANE, membre de la délégation congolaise à la mission d’échange en Côte d’Ivoire Du 22 au 25 juillet 2026, j’ai eu l’honneur de participer, au sein de la délégation de la République démocratique du Congo, à une mission d’échange en Côte d’Ivoire organisée dans le cadre du projet SAFE, avec l’appui de la GIZ.
Cette mission nous a permis de rencontrer plusieurs acteurs de la filière cacao ivoirienne, notamment la Coopérative Agricole Union de Divo (CAUD), accompagnée par le programme Pro-Planteurs de la GIZ et le Conseil du Café-Cacao. L’objectif était d’identifier des pratiques et des modèles susceptibles d’être adaptés aux réalités des coopératives, PME et Agrobusiness Clusters de la RDC.
Pour moi, cette expérience a été bien plus qu’une visite d’étude. Elle nous a amenés à réfléchir à une question essentielle : comment mieux organiser les producteurs, les coopératives et les entreprises afin de construire des chaînes d’approvisionnement plus solides, prévisibles et durables ?
Deux enseignements m’ont particulièrement marqué : l’agriculture contractuelle et la diversification des modèles d’affaires.
L’une des principales leçons de l’expérience ivoirienne est qu’une chaîne de valeur performante ne repose pas uniquement sur la production. Elle nécessite une organisation cohérente reliant producteurs, coopératives, entreprises, services techniques, infrastructures, financement et marchés.
L’agriculture contractuelle peut jouer un rôle important dans cette organisation. Elle ne doit pas être considérée uniquement comme un contrat d’achat, mais comme un mécanisme permettant de rapprocher l’offre et la demande dès le début du processus.
La logique devient alors :
Marché → besoins → engagement contractuel → planification → production → accompagnement → collecte → contrôle qualité → traçabilité → commercialisation.
Pour le producteur, cette approche peut améliorer la visibilité sur les débouchés. Pour la coopérative, elle facilite la planification des volumes et des services. Pour l’acheteur, elle améliore la prévisibilité de l’approvisionnement.
Mais un contrat ne suffit pas. Il doit être accompagné de services adaptés : appui-conseil, formation, accès aux semences et équipements, amélioration de la productivité et de la qualité, collecte, stockage, traçabilité, certification et facilitation du financement.
L’agriculture contractuelle doit donc être pensée comme un ensemble d’engagements et de services autour d’un marché identifié.
Un autre enseignement important concerne la diversification des activités agricoles.
Dans de nombreux territoires ruraux de la RDC, les ménages dépendent fortement d’une ou de quelques cultures. Les variations de prix, les mauvaises récoltes, les difficultés logistiques ou les perturbations des marchés peuvent ainsi affecter fortement leurs revenus.
La diversification peut contribuer à renforcer cette résilience. Mais elle ne signifie pas simplement produire davantage de cultures. Elle doit être orientée par la demande du marché.
C’est ici que l’agriculture contractuelle et la diversification des modèles d’affaires peuvent se compléter.
Une coopérative peut identifier un marché, négocier les conditions commerciales, organiser ses producteurs, fournir les services nécessaires, collecter la production, assurer la qualité et la traçabilité, puis livrer l’acheteur. Une fois cette organisation maîtrisée sur une chaîne de valeur, elle peut progressivement être adaptée à d’autres produits.
Pour KACCO, cette réflexion est particulièrement pertinente dans le cadre de la diversification progressive de ses activités autour du café et d’autres produits agricoles, avec l’objectif de contribuer à la résilience économique des producteurs et à la sécurité alimentaire des ménages.
La RDC ne doit pas chercher à copier le modèle ivoirien. Nous devons en retenir les principes et les adapter à nos propres réalités.
Notre pays dispose d’un potentiel agricole important, mais fait face à des contraintes spécifiques : insuffisance des infrastructures dans plusieurs territoires, accès limité au financement, éloignement de certains marchés, difficultés logistiques et fragmentation des chaînes de valeur.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs ont un rôle à jouer.
Le producteur doit être davantage connecté aux besoins du marché et aux exigences de qualité.
La coopérative doit évoluer vers un véritable rôle d’agrégateur de l’offre, capable d’organiser ses membres, de planifier les volumes, d’assurer la collecte, la qualité et la traçabilité.
Les PME peuvent contribuer à créer des débouchés, investir dans la transformation et établir des relations commerciales durables avec les coopératives.
L’État, enfin, peut créer un environnement favorable à travers la régulation, les infrastructures, les services agricoles, la certification, la traçabilité et la facilitation de l’investissement privé.
L’expérience ivoirienne montre également l’importance de la coordination entre institutions publiques, producteurs, coopératives, entreprises et partenaires techniques et financiers.
La valeur d’une mission d’échange ne réside pas seulement dans ce que nous avons vu, mais dans ce que nous sommes capables d’en faire au retour.
À KACCO, cette expérience nous encourage à réfléchir davantage à la manière dont l’agriculture contractuelle peut contribuer à sécuriser les débouchés, planifier la production, améliorer les services aux producteurs, renforcer la traçabilité et accompagner la diversification des activités agricoles et renforcer la sécurité alimentaire dans les ménages des producteurs.
La mise en œuvre devra toutefois être progressive, à travers des expériences pilotes adaptées aux réalités des producteurs et des marchés congolais. Le modèle devra être construit avec les acteurs et non imposé aux acteurs.
Au terme de cette mission, je retiens surtout que nous n’avons pas besoin de reproduire exactement ce qui fonctionne en Côte d’Ivoire. Nous pouvons nous en inspirer pour construire des solutions adaptées à la RDC : des producteurs mieux organisés, des coopératives solides, des PME compétitives, des relations contractuelles équilibrées, des chaînes traçables et des marchés mieux structurés.
De Divo à Kalehe, l’apprentissage continue. L’enjeu est maintenant de transformer l’expérience en solutions congolaises au service des producteurs et du développement durable de nos chaînes de valeur agricoles.
Steven KANANE
Membre de la délégation congolaise à la mission d’échange en Côte d’Ivoire
Kalehe Arabica Coffee Cooperative – KACCO